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<journal-title>Geographica Helvetica</journal-title>
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<publisher><publisher-name>Copernicus GmbH</publisher-name>
<publisher-loc>Göttingen, Germany</publisher-loc>
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      <article-id pub-id-type="doi">10.5194/gh-70-327-2015</article-id><title-group><article-title>La Terre vue d'en haut – L'invention de <?xmltex \hack{\break}?> l'environnement global</article-title>
      </title-group><?xmltex \runningtitle{La Terre vue d'en haut -- L'invention de l'environnement global}?><?xmltex \runningauthor{A. Gillet}?>
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          <name><surname>Gillet</surname><given-names>A.</given-names></name>
          <email>alexandre.gillet@unige.ch</email>
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        <aff id="aff1"><institution>Département de géographie, Faculté des sciences de la
société, Université de Genève, <?xmltex \hack{\break}?> 40 Bd du Pont-d'Arve,
1211 Genève 4, Switzerland</institution>
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      <author-notes><corresp id="corr1">A. Gillet (alexandre.gillet@unige.ch)</corresp></author-notes><pub-date><day>30</day><month>October</month><year>2015</year></pub-date>
      
      <volume>70</volume>
      <issue>4</issue>
      <fpage>327</fpage><lpage>328</lpage>
      
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<license-p>This work is licensed under a Creative Commons Attribution 3.0 Unported License. To view a copy of this license, visit <ext-link ext-link-type="uri" xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/</ext-link></license-p>
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      <?xmltex \hack{\gdef\abstractexists{true}}?><?xmltex \hack{\gdef\introductionexists{true}}?><?xmltex \hack{\gdef\conclusionsexists{true}}?>
      <p><?xmltex \hack{\noindent}?><italic>Grevsmühl, S. V.: La Terre vue d'en haut – L'invention de l'environnement global, Paris, Seuil, coll. Anthropocène, 384 pp., ISBN-13: 978-2-02-111129-3, EUR 20, 2014.<?xmltex \hack{\\}?></italic> <?xmltex \hack{\\}?><?xmltex \hack{\noindent}?>Il faut se réjouir de la parution de <italic>La Terre vue d'en haut</italic>. Tiré d'un travail doctoral, voilà un livre qui, à la
suite de Denis Cosgrove, nous donne à penser l'histoire du regard
géographique, et ce de manière renouvelée. Ce regard porté
sur la Terre a connu plusieurs épisodes, péripéties et
révolutions au cours des 19e et 20e siècles. Mais il y a regarder et
regarder. C'est une chose que de cartographier la Terre, c'en est une autre
que de la découvrir d'en haut. Si la première requiert que l'on fasse
nôtre une vision zénithale abstraite – et peut-être, par là,
que l'on s'imagine découvrir l'objet dessiné en vue surplombante –,
la seconde nous projette littéralement, concrètement cette fois,
à notre zénith; dans un lieu qui a sa géographie propre. D'un
champ de vision, nous passons à un champ des possibles. C'est tout
l'intérêt du livre de Sebastian V. Grevsmühl de montrer que le
regard géographique sur la Terre se transforme sans cesse et qu'il peut,
le cas échéant, laisser libre cours au meilleur comme au pire –
pensons par exemple aux dérives technocratiques et autoritaires contenues
dans les projets de géo-ingénierie qui sont le sujet du dernier
chapitre.</p>
      <p>La tension évoquée par l'auteur entre “contemplation
esthétique” et “sentiment de toute-puissance” est présente dans
toute cartographie, qu'elle anticipe ou non le vol humain. La vision
zénithale <italic>domine</italic> toujours le sujet de la carte, si belle cette
dernière soit-elle, et tout cartographe doté d'une attitude
réflexive sait combien il est difficile de résister à son pouvoir
d'attraction. Ce que nous comprenons, à la lecture de <italic>La Terre vue d'en haut</italic>, c'est combien aujourd'hui l'enjeu s'est accru et que la
question est en train de changer de nature. Au-delà d'une vision du
monde, d'une <italic>Weltanschaung</italic>, il s'agit désormais de penser
également sa transformation possible.</p>
      <p>Si le livre est construit selon une trame plus ou moins chronologique
explicitant les débuts puis les développements de la photographie
aérienne puis spatiale, trouvant par là son entame à la fin du
19e siècle et traversant tout le 20e, il s'ancre plus
précisément dans la période contemporaine plus que jamais
marquée – alors que les enjeux du changement climatique s'avèrent de
plus en plus globaux et pressants – par les développements de la
pensée géo-technicienne et géo-technocratique. Palpable en maints
passages du livre, l'inquiétude se cristallise parfois, comme quand
l'auteur écrit: “<italic>La poussée de la géo-ingénierie à laquelle on assiste aujourd'hui présente le grand danger de chercher à se légitimer comme véritable alternative à la politique</italic>” (p. 38). Mobilisant Agamben (état d'exception)
comme Foucault (panoptisme et biopolitique), il parvient à montrer
combien, malgré le côté fantasque de la plupart des solutions
envisagées, la géo-ingénierie pourrait à terme, au-delà
d'un contrôle environnemental total, dessiner les contours d'un monde en
guerre contre la nature et contre l'homme.</p>
      <p>Placée en couverture du livre, la photographie <italic>Earthrise</italic> prise
le 24 décembre 1968 par William Anders, a longtemps été comprise
comme un objet paradigmatique, au sens où, dès lors qu'il y est
confronté, notre regard s'en retrouve fortement altéré. D'autres
images, pleines ou composites, qu'elles l'aient précédée ou
suivie, qu'elles aient été prises par un astronaute ou non, auraient
pareillement contribué à changer notre regard et notre perception de
l'environnement global. Mais, et c'est là l'intérêt principal du
livre, ces images ne peuvent se comprendre sans être au préalable
replacées dans une histoire plus vaste de l'étude de la planète
comme espace fini et donc maîtrisable. L'auteur pointe l'importance des
propos du géographe anglais Halford J. Mackinder, lequel, à
l'orée du 20e siècle, comprend que la finitude de la géographie
terrestre – l'état d'avancement des explorations polaires permet
d'imaginer que les pôles, tant Nord que Sud, seront bientôt atteints
– a une signification autant géographique que politique. Il s'agit
désormais de penser le contrôle de certaines parties
considérées comme essentielles.</p>
      <p>Sous cet angle, toutes les photographies de la Terre prises depuis l'espace,
qu'il s'agisse des premières photos montrant la courbure terrestre prises
depuis un ballon, des photos du programme Apollo, ou encore celles
composées par la suite, vont venir d'une manière ou d'une autre
confirmer cette intuition géographique que la Terre est finie et que dans
cette finitude se trouve apparemment notre destin.</p>
      <p>Le discours environnemental qui se déploya à l'aide de ces images est
bien connu. Or le discours managérial l'est beaucoup moins. Le second
chapitre (“<italic>Des utopies architecturales aux infrastructures de survie</italic>”) nous donne à découvrir les projets de
Richard Buckminster Fuller ou de Frei Otto. S'y dessine en filigrane ou de
façon extrêmement explicite “<italic>l'utopie d'un monde sans pollution, sans pénuries, sans craintes environnementales, un véritable monde clos où tout est sous le contrôle [de la] technique</italic>” (p. 83). La technique, laquelle est derrière toutes les
images de la Terre, convoque à son tour un imaginaire extrêmement
puissant.</p>
      <p>Celui-ci s'inscrit dans la vision cartographique elle-même. Les premiers
aéronautes photographes l'ont très vite compris. Les progrès
réalisés en matière de vol ne vont pas tant contester la vision
précédente que la confirmer. Les pages portant sur l'histoire du
planisphère, c'est-à-dire la mise en plan de la terre, sont
passionnantes. Qu'il s'agisse de Nadar bataillant avec son appareil
photographique à une hauteur de 300 mètres ou d'Arthur Batut tissant
des liens entre photographie aérienne et anthropométrie, nous
retrouvons toujours la mise en mesures de la Terre. La carte n'est jamais
très loin, surtout quand on pensa à doubler ces photographies
aériennes de toute une série de métadonnées; l'usage
militaire en ligne de mire.</p>
      <p>La question qui se pose dès lors, et ceci d'une façon toujours plus
claire à mesure que nous avançons dans la lecture, est à la fois
simple et essentielle: peut-on devant ces images de la Terre s'émanciper
de la vision cartographique et de la logique qui la sous-tend; une logique
alliant géométrisation et domination du monde? Si Hans Blumenberg,
cité par l'auteur (cf. p. 206), a pu penser à un moment donné de
l'histoire de la conquête spatiale que les images du programme Apollo,
donnant à voir la Terre sur fond d'infini galactique ou en regard d'un
horizon a-terrestre, nous avaient libérés de la visualisation du
globe “enrobé” de sa grille cartographique, nous nous devons de
remarquer que non seulement ce n'est plus le cas aujourd'hui mais qu'au
moment même où ces images paraissaient nous offrir la liberté de
repenser la Terre, elles nous enfermaient toujours plus profondément dans
la logique cartographique. Il aura suffi d'un artifice très simple:
retourner et centrer ces images – à partir de ce moment, malgré
elles et malgré nous, elles allaient faire “cartes” (cf. Gillet, 2015).</p>
      <p>Aujourd'hui, quel enseignement en tirer? Assurément qu'il est plus que
jamais nécessaire de questionner à la fois notre regard et ce qui le
forge à notre insu. Au moment où les progrès de
l'aérostation permettaient la découverte de la planisphère en
prolongeant la logique cartographique, un cartographe allait de son
côté imaginer une cartographie absolument nouvelle. Cette
cartographie serait libérée des conventions et donnerait à voir
la Terre non pas telle que nous voulons qu'elle apparaisse mais telle
qu'elle est, telle qu'elle se présenterait – le rêve était
prémonitoire – à une personne la survolant à une altitude de
180 km. Charles Perron, qui avait imaginé avec Élisée Reclus
construire un globe géant au 100 000e lors de l'Exposition
universelle de 1900 à Paris, voulait en fait ramener cette vision sur
Terre, l'offrir au plus grand nombre et démultiplier ainsi les vues et
les compréhensions de la géographie terrestre, pour <italic>in fine</italic> la modifier en
profondeur, de l'intérieur.</p>
      <p>Le livre <italic>La Terre vue d'en haut</italic> se termine avec un appel. L'urgence
est désormais de quitter “<italic>l'indifférenciation complète qu'imposent les vues globalisantes, d'abandonner la vue sur l'humanité comme un seul tout et surtout de résister à une passation des pouvoirs aux experts-sauveurs et aux géo-technocrates autoproclamés afin de retrouver d'autres vues, d'autres perspectives, d'autres cosmologies ouvrant sur d'autres avenirs plus pacifiques et plus équitables</italic>”
(p. 330). Qu'on comprenne bien l'auteur. Il n'est pas question de refuser le
regard de la Terre vue d'en haut ou l'idée d'environnement global, mais
bien de se les approprier, de les faire siens. Connaissant leurs histoires
respectives et entremêlées, de les transformer, de s'en servir pour
questionner le monde tel qu'il est et tel qu'il se donne à voir
aujourd'hui, de façon anodine ou spectaculaire. Non de faire de la Terre
un domaine dominé d'en haut, soumis au savoir et au pouvoir de
quelques-uns, mais de lui conserver ses qualités intrinsèques de
milieu de vie commun à l'humanité d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Un monde fini n'appelle pas forcément à l'idée de sa
maîtrise. A l'idée de finitude peut succéder celle de
complétude. Et devant un monde enfin complet, quelle autre issue
reste-t-il sinon d'élargir “<italic>le champ du savoir humain</italic>” (cf.
Reclus, 1890:71)?</p>

      
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    <title>Références</title>

      <ref id="bib1.bib1"><label>1</label><mixed-citation>Gillet, A.: AS17-148-22727 – Face à la Terre, Geogr. Helv., 70, 27–32, <ext-link xlink:href="http://dx.doi.org/10.5194/gh-70-27-2015" ext-link-type="DOI">10.5194/gh-70-27-2015</ext-link>, 2015.</mixed-citation></ref>
      <ref id="bib1.bib2"><label>2</label><mixed-citation>
Reclus, E.: Nouvelle Géographie Universelle,   Amérique
boréale, Paris, Hachette, 721 pp., 1890.</mixed-citation></ref>

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